Ce culte fut très répandu, et il est extrêmement ancien. On a été jusqu'à dire que: "...Les pratiques superstitieuses qui en constituent le fond étaient déjà des survivances au temps des druides."1 Il y a peut-être beaucoup de vrai dans cette remarque.

Nous limitons notre étude du culte des eaux dans l'ancienne cité des Leuques à l'étendue géographique du diocèse de Toul. Trois disciplines nous fournissent les éléments de cette étude :
l'archéologie, la toponymie et le folklore.

Le culte des eaux a surtout été un culte de plein air. Nous connaissons peu de temples de sources, et il ne semble pas qu'ils aient jamais été nombreux. A Vittel, on a mis à jour à côté de la source salée aujourd'hui, source Hépar, le monument consacré à sa divinité protectrice. C'était un petit temple carré avec péristyle ou simple colonnade sur le devant.

D'autres ruines antiques indéterminées ont été signalées auprès de la fontaine Saint Jean à Martincourt, et de la fontaine du Diable, à la Neuville-sur-Ornain. Les représentations de la divinité sont rares aussi. La fontaine de Sainte Valdrée en a fourni quatre : deux de Mercure, une d'Apollon, et une d'Hygie. A Graux, nous avons le buste de Sirona, celui d'Apollon qui l'accompagnait a disparu.

Mercure, Apollon, Neptune, Hygie, sont des divinités du Panthéon gréco-romain assimilées par les vainqueurs aux dieux indigènes de la Gaule. Assimilation d'ailleurs assez peu rigoureuse, car le Mercure gaulois diffère sensiblement du Mercure classique, comme Apollon ou Neptune honorés sur les bords de la Meurthe ou de la Moselle diffèrent de leurs homonymes méditerranéens.

Une des principales pratiques cultuelles consistait en dépôt auprès ou dans la source sacrée, d'offrandes offertes en hommage à sa divinité. Ici, il y a lieu de distinguer la simple offrande de l' ex-voto. L'offrande est un don fait à la divinité d'un objet ayant quelque valeur, valeur marchande, ou plus souvent, valeur de symbole. C'est la forme la plus élémentaire du sacrifice.
L' ex-voto est encore une offrande, mais comme le mot l'indique, il est la conséquence d'un vœu et le témoignage que le suppliant a été exaucé. Il diffère donc de l'offrande sacrifice en ce sens que, s'il est d'objet profane devenu chose sainte, il reste pourtant du domaine public, puisqu'il doit témoigner aux hommes de l'obtention de quelque faveur.

Une des formes primitives de l'offrande fut sans doute l'offrande alimentaire. Les documents archéologiques ne nous renseignent pas sur elle, mais elle a survécu à Martigny-les- Bains, où les jeunes mariés de l'année portaient un gâteau dans la fontaine2, et à Trondes où les malades portaient des pains à la fontaine de l'Evêque3. Les offrandes de fleurs et de guirlandes de feuillages étaient également en usage. Nous en trouvons trace en particulier à Domremy, où Jeanne d'Arc et ses compagnes suspendaient des couronnes de verdure au Beau may, près de la fontaine des Groseillers. Si le dépôt d'objets aussi périssables que des aliments ou des fleurs ne nous sont connus que par les survivances, il n'en va pas de même des menus objets ordinairement métalliques que les dévots offraient à leur divinité. En premier lieu, viennent les monnaies. A Vaux-la-petite, la pratique a survécu, puisqu'on dépose de l'argent au pied d'une croix qui se dresse tout à côté de la Fontaine de St-Gengoult.

1 Bertrand, Nos origines.. la religion des Gaulois... Paris (1896)
2 LEPAGE et CHARTON : Le département des Vosges 1845
3 LEPAGE : Le département de la Meuthe 1943


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