L'eau
elle-même, était utilisée dans certaines pratiques,
sinon cultuelles, du moins dévotes. Tout d'abord, on en buvait.
Il est très peu de sources où l'on ne signale cet usage,
et il est certainement aussi ancien que le culte rendu à l'eau.
On avait aussi recours aux ablutions : elles ont subsisté en
plusieurs endroits. Très souvent, on se contentait d'appliquer
sur l'organe malade un linge trempé dans l'eau sainte. Les survivances
de cette pratique sont nombreuses. Au lac de la Maix, on se sert comme
compresses des feuilles d'arbres tombées dans l'eau. Ces ablutions
ont pour but d'obtenir la santé, chaque lieu de culte ayant sa
spécialité: ici, c'est la guérison de la fièvre,
là, celle des maux d'yeux, des ulcères, des plaies, des
maladies d'enfants.
L'auteur n'en parle pas, mais il est vraisemblable que s'inscrit ici la spécificité de la fontaine des Trois Saints de Gondreville (cf. page 10, les écrits de Mrs Olry, Royer et Hachet) Enfin, il semble que les sources aient été autrefois très fréquentées par les femmes pour obtenir la fécondité. Celle de Gerbéviller l'est encore, et les coutumes signalées à Barisey-la-Côte et autres communes lorraines doivent être les dernières traces de cette croyance. Notons que l'eau bénite, dont la liturgie chrétienne fait usage, s'est vue parfois elle aussi attribuer une vertu contre la stérilité des femmes, témoin cette curieuse inscription placée au-dessus d'un bénitier, près de l'entrée principale de l'église de Pont-Saint-Vincent :
Les
sources sacrées ont de tout temps donné lieu à
des assemblées à date fixe. L'habitude en a subsisté
dans le Christianisme. Nous relevons les pélerinages de Barisey-la-Côte
(25 Mars), Bermont (lundi de pentecôte), Bussy (lundi de Pâques),
Saint-Gibrien (7 mai), Sainte Sabine (29 août), Savigny (début
du printemps), Viacelle, Vaux-la-Grande (troisième dimanche de
carême). Ces assemblées donnaient lieu à des repas, à des danses, mais il est bien difficile d'y voir la survivance de repas et de danses rituelles. Par contre, le marché qui se tenait à Bermont lors du pélerinage annuel peut avoir une origine très ancienne et remonter à l'époque où la divinité de la source protégeait le trafic qui s'y faisait. Mais ce ne sont pas seulement les vivants que rassemblait la source sacrée. On n'a pas été sans remarquer les nombreuses fontaines que l'archéologie ou le folklore nous montrent comme ayant été autrefois un centre de culte et auprès desquelles se trouvent de très anciens cimetières. Il est bien difficile de donner des dates relatives à la durée du culte des eaux. Les témoins les plus courants sont les monnaies qui ont pu être identifiées. D'autre part, des textes relatifs à l'ensemble des Gaules indiquent nettement qu'aux VIème et VIIème siècles, l'Eglise s'efforçait encore de détourner les fidèles de leurs vieilles pratiques païennes4. 4
VANCANDARD, l'idôlatrie en Gaule au VIème
et VIIème siècles 1899 |
| <-- Avant | Après --> |